BOURDON (S.)


BOURDON (S.)
BOURDON (S.)

BOURDON SÉBASTIEN (1616-1671)

C’est la mobilité qui caractérise le mieux la vie et l’œuvre de Sébastien Bourdon. Il est envoyé très jeune de Montpellier — sa ville natale — à Paris comme apprenti peintre, et son adolescence se passe dans les ateliers de différentes villes, de Bordeaux à Toulouse et à Rome où il arrive en 1634. Ses biographes sont unanimes à vanter sa précoce virtuosité et son génie des pastiches qui le rendent célèbre: avant d’avoir vingt ans, Bourdon peint, pour gagner sa vie, des Claude Lorrain, des Pieter van Laer (le «Bamboche»), des Poussin, des Castiglione. Le succès est immédiat. Tout ce que la peinture romaine compte de genres, de tempéraments a été connu, compris, comme «digéré» par ce jeune homme naturellement porté vers les scènes réalistes, au coloris raffiné — reflet de l’atmosphère artistique romaine si riche vers 1630. Mais il doit rentrer à Paris en 1637, car il est calviniste et menacé par l’Inquisition. Pour la clientèle parisienne, il se met à peindre des bambochades «selon le goût français, où la misère n’est pas exempte d’une certaine distinction» (Charles Sterling, Catalogue de l’exposition Le XVIIe Siècle européen , Rome 1956-1957), comme dans Les Mendiants (musée du Louvre) qui révèlent une certaine influence de Louis Le Nain. On apprécie également ses petites scènes de batailles ou de chasses. En 1643, il est chargé de la commande d’un Martyre de saint Pierre , offert le 1er mai au chapitre de Notre-Dame par les maîtres orfèvres de la Ville de Paris; composition mouvementée en grandes obliques, éclairage contrasté, l’œuvre est très proche du baroque. De la même veine, plusieurs toiles aux sujets bibliques où se révèle la confuse présence de Pierre de Cortone (Salomon sacrifiant aux idoles , musée du Louvre), peu à peu plus discrète au profit de la leçon mesurée de Poussin (Moïse sauvé des eaux , National Gallery, Washington). Devenu en 1648 un des douze membres fondateurs de l’Académie, sa réputation lui vaut d’être invité en 1652 par la reine de Suède, au moment de la période troublée de la Fronde. Peintre de la cour de Stockholm, il va laisser de beaux portraits, en particulier ceux de la reine Christine (musée national de Stockholm et musée du Prado à Madrid). En 1654, année de l’abdication de la reine, il rentre à Paris et multiplie les portraits, les scènes de genre, les dessins. Sa technique se fait progressivement plus légère, plus dépouillée. On sent qu’il n’a pas oublié Poussin et les années de la maturité sont celles où il s’en rapproche davantage. Lors d’un voyage à Montpellier il exécute pour la cathédrale La Chute de Simon le Magicien , œuvre critiquée que Le Brun néanmoins défendra. Et, l’année 1663, en pleine gloire, c’est un important ensemble décoratif qu’il peint pour la galerie de l’hôtel de Bretonvilliers. Seules nous restent aujourd’hui les gravures, témoins du programme qui illustrait L’Histoire de Phaéton . Mais ses scènes de genre ou ses portraits sont plus célèbres. Ainsi, La Halte des Bohémiens et des soldats (musée Fabre, Montpellier), notation familière au coloris chaud, rappelle les recherches des Hollandais et des frères Le Nain. Quant au portraitiste, il s’attache au caractère de son modèle, comme dans L’Homme aux rubans noirs (env. 1655-1660, musée Fabre, Montpellier), tout en affirmant une certaine satisfaction d’être peintre. «Lui seul possède en France cette douceur, écrit Jacques Thuillier (La Peinture française. De Le Nain à Fragonard , Genève, 1964, par A. Châtelet et J. Thuillier), cet air de volupté fine et nuancée de mélancolie: et l’on parlerait d’une morbidezza italienne si Bourdon ne l’accommodait d’une géométrie stricte et toute lucide, cultivée avec délectation, soulignée de beaux contrastes, de couleurs légères où rien ne vient rompre les bleus solides, les blancs éclatants. Nul dans ce siècle n’a plus ouvertement allié les deux registres: une vivacité poétique qui tire mille ressources des mythes littéraires ou des sujets religieux, et d’autre part le plaisir de manier les éléments plastiques quasi purs.»

Encyclopédie Universelle. 2012.